PORTFOLIO
ANTOINE VAN LOOCKE
HISTOIRE DE FAMILLE, ESPRIT DES LIEUX
MARIE-LAURE FRECHET POUR ATABULA FRANCE

 

C’est l’histoire d’une rencontre.L’histoire d’un lieu. Et celle d’une famille.

 

En novembre dernier, Sébastien de la Borde fait la connaissance d’Antoine Van Looke. Chasseur, homme des bois, ce chef aime les belles lames. De sa campagne du Ternois, dans le Nord de la France, lui est parvenu la réputation de ce coutelier rare. Il veut le rencontrer. Surtout, Sébastien détient une argenterie de famille qui dort dans un grenier. Il aimerait la confier à l’homme de l’art. Noble de naissance et de cœur, mais modeste dans l’âme, jamais il n’a osé la mettre à la table de son restaurant. En venant à la rencontre d’Antoine, Sébastien ne sait pas trop ce qui l’attend. Antoine choisit ses clients. Surtout, moins que le travail, c’est le sens des choses qui motive l’artisan. On ne la lui raconte pas. On ne l’achète pas.

 

Les deux hommes ont vite fait de se jauger, de s’apprivoiser. Sébastien découvre à Oosterzele la fabuleuse collection de couteaux d’Antoine, et surtout sa philosophie : rien ne se perd, tout se crée ; un écodesign qui s’incarne dans un objet beau, unique. Et qui coupe. Redoutablement. Car Antoine a fait de l’utile une vertu cardinale.

 

Sébastien invite alors Antoine chez lui, à Bermicourt, autour d’un superbe déjeuner. Chacun son talent. Autour de la table, le projet se dessine. « On va faire des couteaux avec tes arbres, lui explique le coutelier. Je vais aussi apporter du bois de chez moi. Et surtout, on va garder des couteaux avec leur manche d’origine. Je retaillerai juste la lame. Ils racontent l’histoire de ta famille. » Car Sébastien vit aujourd’hui dans l’ancien relais de chasse de son arrière grand-père, au milieu de 15 ha. Et c’est dans la maison du jardinier qu’il a créé son restaurant. Au milieu du parc, un chêne cinq fois centenaire. Ou ce qui l’en reste. Foudroyé il y a une dizaine d’années par une tempête d’été. Sébastien en a conservé des tronçons entiers. D’un coup d’œil expert, Antoine estime le bois. Il sait déjà qu’il en fera des pièces sublimes.

 

Aujourd’hui les couteaux sont prêts. Bientôt ils seront sur la table de la Cour de Rémi, le restaurant de Sébastien. On imagine son émotion lors de leur premier service. Et le bonheur qu’il aura à raconter leur histoire. Celle d’une rencontre, d’un lieu, d’une famille.

 

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