PORTFOLIO
ANTOINE VAN LOOCKE
ANTOINE VAN LOOCKE LE SEIGNEUR DES COUTEAUX MARIE-LAURE FRÉCHET POUR A TABULA FRANCE

 

On débusque Antoine Van Loocke dans un village de la campagne gantoise. Derrière le taiseux, on perce vite une fine lame à l’humour acéré et au caractère bien trempé. Sous la tonnelle de son jardin, autour d’une bonne bouteille, il raconte posément son parcours de coutelier autodidacte, dévoilant à chaque étape de son récit de nouvelles pièces, toujours plus impressionnantes.

 

Tout a sans doute commencé par l’amour de la nature. Et une formation à l’horticulture. Encore aujourd’hui, Antoine Van Loocke entretient un parc de dix hectares. « J’aime bien, dit-il avec le flegme qui le caractérise. Les arbres ne discutent jamais ». Il consacre son temps libre à la peinture et à la sculpture. Jusqu’à l’été 98. En vacances en Bretagne, il tombe dans une boutique sur des couteaux brut de forge. « J’ai amputé le budget des vacances et je suis revenu avec », raconte-t-il. Il se met alors à forger ses premiers couteaux, dans la cheminée du salon, frappant le métal d’un marteau récupéré dans une déchèterie, un rail de chemin de fer en guise d’enclume. « C’est comme si un puzzle s’était mis en place », explique-t-il. Car très vite, il trouve plus qu’un style, une marque de fabrique. Les lames, il va les récupérer sur de vieux couteaux chinés dans les brocantes. Les manches, il va les façonner dans ce que lui offre la nature. Le règne végétal avec des bois d’essences rares. Mais aussi le règne animal : dent de nawal, corne de dik-dik, corail, baculum de morse, défense d’éléphant… Un bestiaire extraordinaire qui en ferait frissonner plus d’un, s’il ne prélevait ces matériaux presque introuvables sur des objets déjà manufacturés. « Je veux refaire quelque chose avec respect pour l’animal qui a donné une partie de lui, commente-t-il humblement. Chaque objet a une histoire et c’est ce qu’on en fait qui lui donne sa valeur. »

 

Manches de couteaux

 

Tourner un manche, travailler le métal, il a appris sur le tas. Son atelier ? Une cabane de jardin. Sa succursale ? Le coffre de sa berline. « Mes couteaux sont les résidus de mes bricolages », s’amuse-t-il. De ces bricolages est d’abord sorti le très sobre « p’tit noir », réinterprétation du traditionnel patattenscheller (éplucheur à patates). Puis, tantôt inspiré par une lame, tantôt par un matériau, Antoine a créé des centaines de couteaux, tous uniques. « Mais je n’invente rien. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart de mes pièces ne sont pas signées. Ce qui m’intéresse, c’est le design, c’est ajouter quelque chose à quelque chose qui existe déjà ».
Travailler à ses couteaux suffit à son bonheur.

 

« Même la vente, je m’en fous complètement ». Il aurait pu rester un artiste méconnu s’il n’avait croisé le chemin des chefs. D’abord Kobe Desramaults (In de Wulf). Puis Peter Goossens qui lui a emprunté son p’tit noir et commandé un coffret dans lequel chaque convive choisit dorénavant le couteau qui accompagnera le repas. D’autres chefs en Belgique ont suivi. « Pas plus d’un par an », note Antoine Van Loocke, qui prend déjà les commandes pour 2015. Cette année, il a réalisé les couteaux pour le dîner de gala du jury du Bocuse d’or à Bruxelles. Montés sur une griffe de poularde de Bresse… L’année dernière, il passait à Paris des Chefs. Son travail est régulièrement montré dans des expositions de par le monde et a fait son entrée au musée du design de Gand. Mais pas de quoi l’émouvoir. Pour Antoine Van Loocke, un couteau reste un couteau. « Avec ma femme, le dimanche matin, on ne va pas à la messe. On regarde nos couteaux, puis on commence à couper les légumes… »..